

Efsy Washington
Efsy Washington, écrivain contemporain
et voix dissidente de la littérature française
#TouchePasAuxAuteurs

Interview exclusive - avril 2026
Efsy Washington, merci d’être là.
Ça fait un moment qu’on se connaît, et je suis vraiment content qu’on puisse prendre ce temps pour parler de ton travail, revenir sur ton parcours… et surtout évoquer ce nouveau roman.Il s’est passé pas mal de choses depuis tes débuts, et ton écriture a clairement évolué, pris une autre direction. On va revenir là-dessus ensemble.
Efsy : En effet, mon écriture a évolué ou plutôt, elle s'est adaptée à la réalité constatée au cours de l'expérience Washington, même si j'avais, en grande partie, anticipé ce qui allait se passer. L'écriture d'Efsy est, au fond, le reflet de l'évolution de la société.
Je sais à quel point tu tiens à ton masque, à cette distance et à cette manière de laisser les textes parler plus que t’exposer toi devant un projecteur. Tu as toujours fait attention sur ce point, et le fait que tu acceptes aujourd’hui de venir ici, physiquement, ça compte beaucoup pour moi.
Alors je te remercie vraiment !Efsy : De rien ! Merci à toi ! L'anonymat est -c'est vrai- important pour moi car il me permet de dire ce que j'ai à dire, sans filtre et sans craindre la foudre des nouveaux censeurs et garants de la « morale » sur les réseaux sociaux.
On va entrer directement dans le vif du sujet si tu veux bien, nous avons hélas un temps assez court pour cet échange.
Efsy Washington a vu le jour en 2023. Trois ans plus tard, Scopolamine est déjà ton cinquième roman.
Cette trajectoire rapide interroge : est-ce que tout était pensé dès le départ, ou est-ce que ce sont les lecteurs, leur intérêt, leurs réactions, qui ont accompagné, voire accéléré, ce mouvement ?
Efsy : Disons que j'avais anticipé certaines choses et que j'avais donc une stratégie jusqu'à La Gula, mon précédent roman. Tout ceci ne constitue, en fait, qu'un seul livre méta avec quatre chapitres. J'avais quasiment en tête toutes les réactions du public et des acteurs du monde du livre mais je voulais qu'elles se confirment dans le réel car toute cette expérience consiste en une gigantesque mise en abîme. Il est donc très important que la fiction colle à la réalité et que la réalité conforte la fiction. Donc, jusqu'à La Gula, tout était quasiment prêt dans mon esprit. La surprise, la curiosité des lecteurs avec le bandeau de Franck, leur déception, pour les fans de thriller, face au côté gentillet de Best-Seller, leur volonté d'avoir un truc plus sombre qui a donné You Want it Darker et l'Itinéraire qui lorgnent vers le gore, leur agacement et leur rejet parce que certains voudraient que je me dévoile (parce qu'on ne sait plus attendre aujourd'hui, on veut tout tout de suite, on zappe, on scrolle et on n'aime plus les mystères) et enfin, la violence des réseaux sociaux, avec La Gula. Jusque là, tout était sous contrôle. Pour Scopolamine, c'est un peu différent.
Tes deux premiers livres, Best Seller puis You Want It Darker, pouvaient apparaître comme des textes de lancement, plus accessibles, plus légers, mais qui posaient déjà les bases.
Efsy : Oui et c'était volontaire. Best-Seller est une parodie de polar. C'est un livre dans lequel j'ai joué avec tous les poncifs du genre ou plutôt de ce qu'il est devenu, avec des personnages creux et caricaturaux, tout en montant une mise en abîme. Je voulais dire aux lecteurs : « voilà vers quoi se dirige le genre policier ». A la base, le polar était un genre subversif, il interrogeait la société, il avait des choses à dire sur le plan social et politique. Et puis, avec l'arrivée du wokisme, il s'est assagi, de plus en plus, jusqu'à devenir ennuyeux et à se résumer, à quelques variantes près, à des histoires qui se ressemblent, très lisses sur le plan sociétal et analytique. Un peu comme lorsque le hard rock a cédé sa place à la pop, à la fin des années 90. Et aujourd'hui, on constate que la Femme de Ménage truste les premières places dans tous les classements. Je n'ai rien contre la pop, pas plus que contre Freida MacFaden mais je trouve dommage que tout soit devenu propret dans le polar et encore plus dans le thriller. C'est ça, Best-Seller. Une provoc'. Cela a fonctionné puisque les lecteurs ont réclamé quelque chose de plus sombre et je leur ai livré You Want it Darker. Ce livre est, par moment très gore, mais il est, au final, aussi caricatural que Best-Seller. Il est juste violent ; il n'est pas subversif. Les gens confondent souvent violence et subversion. Quand je dis qu'on ne peut plus tout écrire en France, j'entends souvent les lecteurs me répondre « si, si, j'ai lu tel ou tel thriller et il est hyper violent ! ». Mais ce n'est pas parce qu'il y a un mort par torture violente à toutes les pages qu'un livre est subversif, comme ce n'est pas parce qu'on sature des guitares qu'on fait du hard rock avec du Lorie. Depuis quand n'as-tu pas lu un thriller qui commente l'actualité politique, par exemple ou un polar qui va à contre courant de la morale des réseaux sociaux ?
Avec L’Itinéraire, un cap est franchi : le ton s’assombrit, le style se densifie.
Efsy : L'Itinéraire est très différent. Il est violent et il est subversif car le héros n'est pas un « gentil »; il est d'une amoralité totale et on suit son parcours écrit à la première personne, sans jugement, avec une forme de torpeur coupable. Si ce livre avait été le premier d'Efsy, il n'aurait pas été compris car les lecteurs n'auraient pas été prêts à le lire. Les deux précédents étaient nécessaires pour amener celui-là et avoir une base de lecteurs suffisants et qui me faisaient confiance.
Puis La Gula marque un tournant plus frontal, avec cette plongée dans les mécanismes de jugement et d’emballement collectif, notamment à travers les réseaux sociaux, où la parole se radicalise, où le doute disparaît, et où une forme de vindicte peut s’installer, souvent dénuée de nuance d’ailleurs.
C’est un roman qui a trouvé son public, tu es satisfait de son accueil ?Efsy : La Gula est le livre somme de tout ce qui précède. Il résume les conclusions de l'expérience Washington : la censure woke et progressiste (ou boycott ; ce qui revient au même, n'en déplaise aux censeurs du net et des maisons d'édition) qui existe dans la littérature, des éditeurs aux libraires, en passant par la presse. La violence de la Cancel Culture sur les réseaux sociaux où la vie de certains auteurs qui ne respectent pas la morale dominante est détruite par une horde bien-pensante, persuadées de détenir la vérité. Le jugement par l'émotion et le nombre qui remplacent les tribunaux et la Loi. Tout ceci est d'une extrême violence et La Gula est la traduction littéraire de cette violence. Quant à l'accueil, il a été globalement très bon pour la grande partie des lecteurs qui ont su y déceler la satire qui s'y cache. Pour d'autres, une minorité, c'est un livre réactionnaire sans intérêt . Cette minorité qui insulte et menace sur les réseaux est ultra violente car elle n'est pas éduquée et elle est aveuglée par les idéologies mortifères qui prospèrent en ce moment.
On va parler maintenant de Scopolamine, qui sortira en mai. Je l’ai lu, évidemment… mais on ne va rien dévoiler ici.
Ce qu’on peut dire, en revanche, c’est qu’on sent un déplacement. Quelque chose de plus tendu, de plus intérieur, peut-être aussi de plus radical.
Sans entrer dans l’histoire, qu’est-ce que tu peux me dire de ce roman ?Efsy : Jusqu'à La Gula, je n'ai pas appris grand-chose sur notre société et plus particulièrement sur le monde littéraire. Ce que je savais par intuition et sous ma véritable identité, je l'ai vérifié avec l'expérience. Les refus des éditeurs, la censure, la violence des réseaux ; tout cela, je l'avais anticipé. Ce que je n'avais pas imaginé était qu'en 2025, on puisse mettre un écrivain en prison pour ses idées et pour ses écrits, dans un pays étranger mais surtout que le monde culturel et politique puisse « justifier », sur les bords, cet emprisonnement, en France, dans le pays des Lumières. Je parle bien sûr de Boualem Sansal. L'absence d'une réaction massive des acteurs de la littérature et de bon nombre d'écrivains célèbres m'a beaucoup choqué. J'ai trouvé cela beaucoup plus violent que tout ce qui peut être écrit dans une fiction et cela m'a inspiré Scopolamine. Scopolamine est un thriller, au sens du référencement, puisqu'il faut tout classer dans des cases aujourd'hui mais en réalité, il s'agit d'une allégorie de notre époque et de sa violence, sous la forme d'une dystopie inversée.
Ce roman risque de déranger, peut-être plus que les précédents. Certains lecteurs pourraient ne pas y rester indifférents, voire réagir de façon assez brutale. Tu t’approches ici de sujets plus sensibles, plus politiques, et on sait que ce sont des terrains où les réactions peuvent être immédiates, parfois fortes.
Tu t’attends à des retombées marquées ou même violentes ?Efsy : Probablement, oui mais ce n'est pas bien grave car, comme je te le disais avant, c'est l'essence même du polar et du thriller : interroger la société et la faire réagir. Avec La Gula déjà, j'ai reçu pas mal d'insultes et de menaces, alors j'imagine que j'en recevrai davantage pour Scopolamine. Mais comme le disait Berlioz, « il faut collectionner les pierres qu'on vous jette ; c'est le début d'un piédestal ». Scopolamine est définitivement bien plus subversif que La Gula et j'espère que ce livre amènera de la discussion et du débat. Le débat manque cruellement, en ce moment. Tout le monde a ses certitudes, plus grand-monde n'a de convictions, plus personne ne s'écoute ; c'est assez triste...
Tu occupes une place un peu à part. Une position où tu n’essaies pas forcément de plaire, mais plutôt de dire ce que tu as à dire, quitte à aller à contre-courant. Evidemment tu assumes pleinement cette forme de confrontation ?
Efsy : Oui. Enfin je l'assume sous pseudonyme (rires). Très honnêtement, sous ma véritable identité, j'aurais beaucoup plus de mal car la pression sociale est terrible. Terrifiante. Et quand je vois de quoi l'humanité est capable sur les réseaux sociaux ! Je n'ai pas envie de me mettre en danger et encore moins de mettre ma famille et mes proches en danger. La Gula, ce n'est pas qu'un roman ; La Gula existe vraiment et elle peut tuer socialement. Elle tue.
Une confrontation que tu as d’ailleurs déjà rencontrée, notamment avec ta nouvelle maison d’édition. Est-ce que cette expérience a changé quelque chose dans ta manière d’écrire ou de te positionner ?
Efsy : Oui et c'est ce qui m'a valu insultes et menaces. Magnus est une maison d'édition réputée de droite voire d'extrême droite et donc si vous y êtes édité, vous êtes étiqueté « romancier d'extrême droite ». C'est la même chose pour les collègues qui sont publiés par Fayard parce que Fayard, c'est Hachette et Hachette, c'est Bolloré. Tu as vu ce qui est arrivé à Boualem Sansal, juste parce qu'il a changé d'éditeur ? C'est fou ! Et je te parie que dans quelques temps, cela arrivera à Musso, par exemple, qui est aussi publié par le groupe Hachette. La société est tellement polarisée et politisée que même ton éditeur te définit aujourd'hui en tant qu'individu alors imagine ce que tu écris ! Avant, tout le monde s'en foutait que tu sois publié par un éditeur communiste ou jacobin, par exemple. Aujourd'hui, non ; il faudrait que les auteurs choisissent un éditeur validé par la morale dominante ! Or, pour en revenir à La Gula, Magnus est le seul éditeur de la place parisienne à en avoir accepté le manuscrit sans faire une seule modification. Alors quoi ? J'aurais du m'autocensurer pour rentrer dans le moule des autres éditeurs? J'aurais dû jeter le manuscrit ? Ce monde devient complètement fou. La suite c'est quoi ? Chaque employé devra demander à son patron son bord politique avant de signer un CDI ? C'est cela le projet ? Coller des pastilles de couleur sur le front de tout le monde pour distinguer les méchants des gentils ? Et quand les méchants d'aujourd'hui seront les gentils de demain, comme aux States, on fera quoi ; on changera les couleurs ?
Après ce que tu explores dans Scopolamine, et la trajectoire que tu suis depuis tes débuts, on a le sentiment que quelque chose est en train de se
construire, presque de se durcir. Quelle est la suite pour toi aujourd’hui ?Efsy : Depuis que j'ai terminé Scopolamine, je t'avoue que je me sens totalement vide. Je n'ai pas vraiment écrit, depuis ou rien de très valable. Ce livre est celui qui m'a pompé le plus d'énergie. C'est aussi, pour moi, le plus abouti. Comme je te le disais, je ne le vois pas comme un thriller mais comme mon premier vrai roman. Sous son côté simple, il est très littéraire. C'est une sorte d'aboutissement et je ne sais pas si je serai un jour capable de faire mieux. Alors la suite, pour le moment, je t'avoue que je ne la vois pas. Je n'ai pas envie de m'astreindre à un rythme d'écriture comme le font les grandes stars du thriller qui doivent sortir un bouquin par an pour garantir leur niveau de vie. Comme j'ai pu le dire par ailleurs, j'ai besoin qu'un livre s'impose à moi, pour commencer à l'écrire. Et pour le moment, Scopolamine et l'actualité occupent beaucoup trop mon esprit pour laisser la place à autre chose. Donc, non, je ne connais pas la suite, s'il y a une suite...
Ce pseudonyme t’a rendu plus libre, tout en t’exposant davantage. Avec le recul, quel regard portes-tu sur ce parcours ? Sur ton lectorat aussi, et tes nombreuses rencontres ?
Efsy : Je garde toujours le positif de toute chose donc je ne retire que du positif de cette expérience. Elle m'a permis de rencontrer des gens formidables, de vrais lecteurs passionnés et intelligents, de rencontrer aussi des artistes qui s'ignoraient dont certains, grâce ou à cause de l'expérience, se sont lancés, se sont mis à écrire et ont sorti des livres. D'autres ont même une belle carrière cinématographique qui s'ouvre devant eux. J'ai aussi pu débattre avec beaucoup de collègues et c'est toujours passionnant de discuter entre pairs. Et j'ai même eu la chance de pouvoir m'entretenir par mail avec Boualem Sansal qui est un homme extraordinaire. Cela vaut tous les classements et tous les prix du monde !
Une dernière question si tu es d’accord, comment tu imagines la littérature dans dix ans ?
Efsy : Excellente question ! Dans 10 ans, les derniers « vrais » grands romanciers seront morts, je le crains. Les Houellebecq, Sansal, Ellis... Des types qui, s'ils étaient nés aujourd'hui, auraient eu beaucoup de mal à publier un seul livre car on file tout droit vers l'idiocratie.
Si un virage complet n'est pas pris au niveau de l'éducation (au sens éducation nationale), il me semble (et j'espère me tromper), ce type d'écrivains n'occupera plus le haut des classements dans les meilleures ventes. Ces meilleures ventes seront faites par des auteurs comme Freida MacFaden, avec des livres simples, accessibles et sans trop d'aspérités (sauf dans la dark romance, un style que je connais mal). Des auteurs plus subversifs ou simplement des auteurs qui font réfléchir existeront encore mais ils n'auront quasiment plus aucune visibilité, ils seront auto-édités et il faudra fouiller pour les découvrir, si leurs livres ne sont pas interdits par la censure populaire de l'émotion.
Encore une fois, j'espère vraiment me tromper mais c'est comme cela que je vois les choses. Mais dans le pire des cas, si je ne me trompe pas, ce n'est pas bien grave. L'art a toujours évolué, dans l'Histoire, parfois pour atteindre l'excellence et d'autre fois en régressant. Si je suis toujours là dans dix ans, je lirai des classiques, comme un vieux con en gueulant à qui veut l'entendre que « c'était mieux avant », je relirai cent fois The Shards de Bret Easton Ellis et je laisserai les nouvelles générations lire ce qu'elles veulent, voilà tout. Et puis, dans vingt ans, cela sera peut-être différent.
L'Histoire n'est, au fond, qu'un grand cycle qui se répète. De nombreuses civilisations ont atteint leur apogée puis ont décliné et d'autres les ont remplacées, un peu ou beaucoup plus tard. Entre les philosophes grecs et la Renaissance, artistiquement et scientifiquement, il y a eu un grand et long vide, par exemple. La vraie difficulté pour les gens comme toi et moi, c'est d'avoir connu l'apogée d'une époque, l'apogée de la Culture dans la littérature, le cinéma et la musique, l'apogée de la liberté d'expression et de création, du bien-vivre, du temps long sans internet, sans les réseaux sociaux. Mais cela reviendra dans vingt, cinquante ou cent ans et alors, peut-être qu'un jeune type découvrira, dans un vieux carton poussiéreux, La Gula et Scopolamine et qu'une nouvelle carrière s'ouvrira à moi (rires)...A ce type, je voudrais dire « merci ».Le temps passe vite. Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions.
Je te laisse le mot de la fin, et je te souhaite le meilleur pour Scopolamine.Efsy : Merci à toi ! Vive la littérature et vive la liberté de création !
entretien enregistré par Pat. Bateman - Paris, avril 2026 - Tous droits réservés.
JANVIER 2026
Efsy Washington, le dernier des incorruptibles ?

JUIN 2025
Interview exclusive
Efsy Washington, figure trouble et radicale de la littérature indépendante, revient avec La Gula un roman vertigineux, cru, politique, parfois insoutenable, qui bouscule les conventions narratives et morales. A quelques semaines de sa publication, il ou elle répond aux questions sans filtre.
Efsy Washington, La Gula, votre quatrième roman, sort dans quelques semaines. Il y a dans ce livre quelque chose de diffèrent, de plus profond. Est-ce un tournant ?C'est plutôt une continuité, une évolution logique. L'expérience Washington vise à comprendre le monde de l'édition et du livre, d'une manière plus générale. Elle a commencé avec un roman léger (Best-seller) qui obéit à tous les canons de ce qui se vend actuellement. L'objectif était de déterminer si un livre qui a tout pour être un succès commercial, avec un bandeau de Franck Thilliez aguicheur, peut devenir un best-seller et être présent dans la presse, en étant publié par une petite (mais excellente) maison d'édition (Alter Real). Et la réponse est non. Sans la force de frappe d'un major de l'édition, aucune couverture presse n'est à attendre et sans couverture presse, il est impossible de rivaliser avec les ténors en place. L'expérience s'est poursuivie avec deux vrais thrillers, deux très bons romans plutôt subversifs, pour vérifier cette hypothèse, dans le cadre d'une démarche scientifique. La conclusion a été la même. Elle est donc sans appel. A ce stade, un peu par hasard, j'ai découvert qu'il existait une censure qui ne dit pas son nom dans le petit monde littéraire. Une censure poussée par une forme extrême du wokisme et du progressisme. La Gula, un thriller politiquement incorrect et aussi -il me plaît de le croire- mon meilleur roman, a donc vu le jour, chez Magnus, pour là encore, vérifier scientifiquement ce que j'avais ressenti et répondre à cette question qui fait beaucoup parler en ce moment : la liberté d'expression est-elle en danger au pays des Lumières ?
Votre roman mêle le polar, la critique sociale, le réalisme cru et des allers-retours entre fiction et vérité. Comment définiriez-vous La Gula ? Une œuvre de genre ou un manifeste ?
C'est un peu tout cela à la fois. La Gula n'est pas vraiment classable. C'est avant tout un roman, même s'il est rangé dans la catégorie des thrillers. C'est un livre que j'ai écrit avec un plaisir immense, sans aucune autocensure, ce qui ne m'était pas arrivé depuis des années. Ce roman, sans le courage de Laura Magné la directrice des éditions Magnus, n'aurait jamais vu le jour. C'est un bouquin comme on n'en fait plus, comme on ne peut plus en faire, en réalité.
Votre livre débute sur une scène insoutenable et pourtant poétique par endroits. Que cherchez-vous a faire éprouver au lecteur ?
Je n'ai pas écrit ce livre pour les lecteurs. Il s'est imposé à moi, en quelque sorte. Je n'ai aucune idée de ce que les lecteurs ressentiront en le lisant. J'espère qu'il ne les laissera pas indifférents... A priori, non car les premiers retours sont excellents.
A la lecture de La Gula, certains vous accuseront peut-être de misanthropie, voire de provocation gratuite. Que leur répondez-vous ?
Que je m'en fous. On ne peut pas plaire à tout le monde. La Gula n'a pas cette vocation. Je n'écris pas dans le confort de la morale et encore moins de l'idéologie.
Le personnage de Lucas Verdier semble incarner à la fois la victime et le bourreau d’un monde hypocrite. Est-ce une allégorie de notre époque ? Nous vivons dans un monde de plus en plus violent, un monde ultra polarisé où la justice est rendue sur les réseaux sociaux, avant de l'être dans les tribunaux. Un monde où on tolère ce qui est interdit et où on interdit ce qui est toléré par la loi. Un peu comme un match de foot sans arbitre où les fautes seraient sifflées par les supporters ultras des deux équipes. Il n'y a plus de règles. Sous prétexte de progressisme, tous les repères qui fondaient notre société ont été balayés et une société sans repère est une société qui va mal...
Vous évoquez l’érotisation de la violence, la vengeance féminine, la justice parallèle. Craignez-vous d’alimenter la controverse ?
C'est le cadet de mes soucis. Et si cela alimente la controverse, c'est très bien. La controverse est utile. Bien plus utile que l'idéologie.
Certains passages laissent deviner une grande solitude. A quel point La Gula est-elle autobiographique ?
Tout roman comporte une part autobiographique. Un écrivain qui prétend le contraire est un menteur.
Le roman donne le vertige entre fiction et réalité. Quelle est la part de vrai dans ce que vous racontez ?
J'adore les mises en abyme et le procédé de story appeal. C'est au lecteur de construire sa propre histoire et de démêler le vrai du faux...
L’usage de l’anonymat vous permet-il d'aller plus loin dans la radicalité du propos ? Le pseudonyme vous libère-t-il... ou vous enferme-t-il ?
L'anonymat, c'est la liberté nécessaire pour affronter le monde de l'édition sans être totalement ostracisé. Quand on se bat contre le système, il vaut mieux avancer masqué. Sans son masque, Zorro serait mort au premier épisode...
Au fond, qui êtes-vous quand vous n’écrivez pas ?
Zorro sans son masque.
Efsy Washington, êtes-vous un écrivain en guerre contre la censure... ou contre votre époque ?
Je me considère plutôt en opposition avec la connerie. Et la censure, même sous couvert de belles idées -à la base- comme le wokisme, est une connerie. Et j'invite toute la chaîne du livre à ne plus être un terrain de jeu pour les bien-pensants. J'invite tous mes collègues auteurs qui sont très nombreux à constater cette censure, les éditeurs, les distributeurs et les journalistes, s'ils ont un peu de conscience, à se libérer de l’orthodoxie, à se réveiller, à penser librement et à dire merde aux idéologies. Cessez de prendre les lecteurs pour des imbéciles !
Y a-t-il un moment ou vous avez songé a tout abandonner ? Jamais. Renoncer c'est mourir.
Entre nous, quelle peur intime se cache derrière votre combat contre le système ?
On a peur quand on a des doutes sur ses propres convictions. Et je n'ai aucun doute sur les miennes. Je n'ai donc pas de peur intime, derrière mon masque.
Selon vous, qui est aujourd’hui Efsy Washington ?
Excellente question. Je vais prendre dix ans pour y réfléchir.
Merci Efsy Washington pour le temps que vous m’avez consacré. Vous avez commencé dans le jeu, dans l’énigme, dans l’élan d’une littérature-labyrinthe. C’était l’ère des pseudonymes, des fausses pistes, des lecteurs détectives. L’aventure vous a porté bien au-delà de ses promesses initiales. Puis, vous avez pris une envolée. Aujourd’hui, vous n’écrivez plus pour distraire : vous écrivez pour percuter. Il ne s’agit plus de savoir “qui est Efsy”, mais de comprendre ce que dit Efsy, et pourquoi cela dérange tant. Il appartient désormais au lectorat de se hisser à cette hauteur, de quitter l’attitude ludique des débuts, pour affronter la charge, la complexité, la brûlure de vos textes. Ce n’est plus un jeu : c’est une œuvre. Et une œuvre exige des lecteurs affûtés. Je vous souhaite de rencontrer un lectorat à la hauteur de votre audace, et que cette nouvelle page vous donne une dimension plus grande encore, noble, nécessaire, inaltérable.
Propos recueillis par Pat Bateman, des livres et des mots.MAI 2025
May 27, 2025texte(article d'un lecteur) Je suis retombé sur Henry Miller par hasard. Un livre oublié dans ma bibliothèque, coincé entre d’autres, comme si le temps l’avait mis de côté. Sexus. Je l’avais lu il y a longtemps. Ou plutôt, je croyais l’avoir lu. En le rouvrant, quelque chose m’a frappé presque imm...Du Washington, c'est comme du grunge à la Cobain, ça griffe, ça crache, ça déraille, ça cogne et ça fait du bien.

